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de Fatou DIOME
Salie vit en France ; son frère, Madické, rêve de s'y rendre et compte sur son aide. Mais comment lui expliquer la face cachée de l'immigration, à lui qui voit la France comme une Terre promise où réussissent les footballeurs sénégalais et où vont se réfugier ceux qui, comme Sankèle, fuient leur destin tragique ?
Comment empêcher Madické et ses camarades de bâtir des châteaux en Espagne, quand l'Homme de Barbès, de retour au pays, gagne en notabilité, escamote sa véritable vie d'émigré et les abreuve de récits où la France passe pour une Arcadie imaginaire ?
Entre leurre et espoir, Le Ventre de l'Atlantique s'étale de l'Europe à l'Afrique, entrecroisant les destins contrastés de personnages saisis dans le tourbillon des sentiments et marqués par la douleur d'un exil quasi inéluctable.
Ici, la condition humaine se laisse scander par l'irrésistible appel de l'Ailleurs. Car, même si la souffrance de ceux qui restent est indicible, il s'agit de partir, vivre libre et mourir comme une algue de l'Atlantique.
d'Aminata SOW FALL
"Le plus dur aujourd'hui est que l'espoir s'en va... Aimons notre terre; nous l'arroserons de notre sueur et la creuserons de toutes nos forces, avec courage. La lumière de notre espérance nous guidera, nous récolterons et bâtirons.
Alors seulement nous pourrons emprunter les routes du ciel, de la terre et de l'eau sans être chassés comme des parias. Nous ne serons plus des voyageurs sans bagages.
Nos mains calleuses en rencontreront d'autres en de chaudes poignées de respect et de dignité partagée...".
Douceurs du bercail montre l'importance d'un ancrage dans les valeurs traditionnelles, dans ce qu'elles présentent de postif et de sûr face à un monde moderne qui vous dévore ou vous rejette.
de Ken BUGUL
La rue Félix-Faure, c'est la rue de la vie, des bars clandestins, des tripots où coulent à flots le vin Kiravi Valpierre et la bière Gazelle Coumba.
Dans la rue Félix-Faure se côtoient dans des éclats de rire des jeunes femmes aux dos nus, se mêlent dans un énorme tohu-bohu des gens venus de tous les horizons, miséreux à la poursuite de leurs rêves, immigrés cap-verdiens.'La rue Félix-Faure est la rue de Dieu', résume le philosophe de la rue - bien loin de ces sectes qui prolifèrent à l'extérieur, et de ces moqadems qui humilient les femmes, au nom de leur prétendu Dieu.
Mais voilà qu'une masse sombre envahit la rue, réveille les douleurs tues - d'où vient Mufi, la fille silencieuse, quelles histoires se disent derrière les blues de Drianké, les mornas de Tonio ?
Un matin quatre femmes recouvertes de voiles s'éloignent du corps d'un lépreux découpé en morceaux, jeté sur le trottoir. Et la clé du mystère est peut-être dans un manuscrit ramassé un matin dans une courette...
Une enquête policière écrite comme un poème, un hymne à la vie, plus forte que les porteurs de mort, et une quête philosophique menée au son du violon, du blues, et des rires des filles au teint couleur caramel.
d'Ahmed DJOUDER
Dit-on de Polonais ou d'Américains qu'ils sont des immigrés de 3e génération ? Pourquoi réserve-ton un sort particulier aux Arabes ? Pourquoi nous font-ils peur et pourquoi ont-ils peur de la France ?
Avec un style personnel, parfois violent, toujours " écrit ", l'auteur nous donne sa lecture de cette crise des banlieues qui a fait trembler la France.
" Vous connaissez des Arabes qui ont réussi ? Vous aimeriez que des Arabes réussissent ?
Bon, il y a bien quelques institutrices, quelques enseignants, quelques assistantes sociales, quelques infirmiers, quelques journalistes, quelques chirurgiens, quelques sportifs (bien sûr présentés comme Français), quelques avocats, quelques fonctionnaires, quelques conseillers de partis, un Préfet. Un Préfet qui a failli se faire tuer. Et de bonnes pelletées d'ouvriers, de vendeurs, d'éboueurs, de soudeurs, de maçons, d'employés sous-payés, d'agents techniques, de techniciens de surface, de chômeurs, de prisonniers.
Vous savez pourquoi on trouve plus d'immigrés qui ont réussi dans le show-business ? Parce que c'est le domaine des artistes. De tout temps, les artistes ont été des marginaux. Entre marginaux, on se fait une petite place. Et puis c'est une autre bonne conscience de la société.
Alors on voit émerger quelques chanteurs, quelques humoristes, quelques acteurs. Sauf quand ils doivent être sauvés par le public dans les émissions de télé-réalité. Parce que s'ils sont arabes ou blacks, c'est curieux ils ne gagnent jamais, ils arrivent en finale certes mais basta.
Le public ne peut pas laisser un Arabe gagner, ce serait s'avouer vaincu. Comme s'il y avait la guerre, comme si on était encore dans le maquis. "
Est-ce un récit littéraire ou une claque en pleine figure ?
Colonisation, immigration, désintégration : ce pour quoi il faut changer.
de Tahar BEN JELLOUN
Tanger, début des années 1990 : un groupe d'étudiants se retrouve régulièrement au café de la Falaise, en bord de mer, d'où l'on aperçoit les côtes d'Espagne et, le soir, les lampadaires qui s'allument... Jour après jour, ils rêvent de ce paradis qui semble à portée de main.
L'un d'eux, qui ne supporte plus la perspective du chômage à vie et le régime autoritaire d'un roi en fin de règne, est bien décidé à partir. Mais la mort tragique d'un de ses cousins, mort noyé au cours de sa traversée clandestine, le dissuade de tenter l'aventure par la même filière. Alors qu'il est à deux doigts de sombrer dans le désespoir, n'entrevoyant aucune issue, il rencontre un riche Espagnol, Miguel, qui le prend sous sa protection tout en lui mettant un étrange marché en main : il est d'accord pour l'emmener à Barcelone, mais à condition que le jeune homme devienne son amant et vive avec lui.
Lorsqu'on n'est en rien homosexuel, mais que l'alternative se résume à un enfer certain et à ce qui sera peut-être un autre enfer, mais où tout semble possible, il est clair qu'il n'y a pas de bon choix. D'autant plus que certains démons islamistes ont, eux, traversé depuis longtemps la Méditerranée...
Partir est un roman fort, âpre et humain, où le personnage central permet à l'auteur de décrire un mouvement mondial - l'attrait, ou plutôt le mirage, des pays dits « développés » - et de poser les questions cruciales de l'exil : pourquoi veut-on à tout prix quitter son propre pays ? Que fait-on après ce départ ?
d'Eric CHEVILLARD
"Oreille rouge" ou quand le double littéraire d'Éric Chevillard part écrire un poème en Afrique... Un roman désopilant qui défait un à un tous les clichés de la littérature de voyage.
Tous les admirateurs d'Éric Chevillard connaissent la finesse de sa plume, la légèreté de son humour et son aptitude à défaire les clichés les plus tenaces concernant telle ou telle situation, telle ou telle destination.
Dans cet épatant roman, assurément l'un des plus toniques de l'année 2005, l'auteur de Mourir m'enrhume, sous le nom fictionnel d'un certain Jean-Léon, nous invite à le suivre en Afrique, et plus précisément au Mali. Que fera-t-il là-bas? Tout simplement tenter d'écrire un poème... et confronter, dans un petit village situé sur le fleuve Niger, son regard d'auteur occidental, sa langue d'écrivain français et la réalité africaine.
S'amusant à démonter les clichés des récits de voyage et le mythe du romancier voyageur, il accomplira surtout là-bas l'idéal de tout écrivain véritable : être lui-même autre part et ne pas jouer à être autre ailleurs. Résultat : une narration discontinue, composée de courts paragraphes, menée par un homme de lettres qui est tout sauf un véritable baroudeur.... et qui nous restitue une Afrique improbable, entre hippopotames introuvables, baobabs géants et rencontre avec un délirant griot.
Un livre qui célèbre à sa manière les sortilèges de l'imagination et qui se moque délicieusement de la dictature de la réalité et du pseudo reportage littéraire.
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